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JEUX ET JOUETS


Les jeux et les jouets ont des origines multiples. L'instinct social, le désir de rencontrer leurs semblables et d'exercer avec eux une activité plaisante, le besoin de délassements, plus agréables s'ils sont partagés, ont sans doute poussé les hommes à inventer, à partir d'objets divers, des règles où le hasard, le calcul, la

5 mémoire tiennent une place dont l'importance varie selon les jeux. Le caractère collectif des jeux paraît indéniable.


II semble pourtant que cette explication ne soit pas la seule valable. Si l'on en croit Pascal et La Bruyère, le jeu n'aurait d'autre source que le désir de fuir les soucis et de sortir de soi. De tout temps, les hommes, cc pleins de causes

10 essentielles d'ennui », ont éprouvé la même soif d'évasion, le même impérieux désir de divertissement ; c'est pourquoi sans doute tous les peuples, sur toute la surface du globe, ont inventé des jeux.


Mais d'où viennent les jouets ? II se pourrait que les premiers d'entre eux aient une origine familiale, et que, à l'âge des cavernes déjà, des mamans

15 excédées, en proie à des besognes diverses, aient donné à leurs bébés, pour avoir la paix, des cailloux polis, des coquillages, de rudimentaires poupées semblables à celles que l'on trouve encore aujourd'hui chez les peuplades primitives. Comme le petit chat, auquel il ressemble encore par bien des côtés, le tout petit enfant joue avec un hochet, écoute tinter un grelot; devenu plus grand, il s'enivre au bruit d'une

20 crécelle, chevauche un cheval de bois, dorlote une poupée ou range des soldats en bataille suivant son âge et son sexe. Mais il reste seul en face de ses jouets.


On peut ainsi distinguer, en gros, le jeu, qui requiert plusieurs participants soumis à des lois bien déterminées, du jouet, objet individuel à partir duquel l'imagination enfantine crée des règles essentiellement momentanées, variables et

25 fantaisistes. [...]

Si l'on envisage la question des jouets sous l'angle historique, on constate que, parmi tous ceux qui sont propres aux enfants, il en est d'immuables. Poupées, hochets, chariots, etc., remontent à la plus haute antiquité. Certains d'entre eux disparaissent pendant des siècles pour reparaître soudain sous leur forme primitive,

30 sans que l'on sache trop bien pourquoi. Il en fut ainsi du yoyo, connu sous le nom d'émigrette pendant le Directoire et déjà représenté sur les vases grecs du Ve siècle avant notre ère. Le diabolo, dont Watteau a laissé une si charmante image, après avoir fait la joie des Merveilleuses et celle de nos grand-mères, divertit encore aujourd'hui quelques adeptes.


35 A côté de ces jouets éternels, engendrés sans doute par de très profonds
instincts, il en est d'autres qui naissent, meurent ou se transforment au gré d'une
mouvante actualité, qu'elle soit politique, économique, sociale, artistique,
scientifique ou technique. Ceux-là reflètent les grands événements de la vie d'un
peuple.

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